Fondation Guignard

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Projets

2025-Festival du dessin Arles

"Nouvelles figures de l'Art Brut" : une proposition de la Fondation Guignard. Exposition

L'Art Brut figure au programme du Festival du dessin Arles depuis sa première édition. En 2024, la Fondation Guignard proposait une exposition présentant des oeuvres d'artistes travaillant au sein de deux ateliers de création accueillant des personnes en situation de handicap mental. En 2025, cette collaboration est reconduite avec trois artistes de l'Atelier Rohling à Berne, Clemens Wild, Sandrine Mbala et David Jacot.

Clemens Wild est né en 1964 à Berne dans une famille de libraires. Dès son enfance, Wild dessine des personnages. La passion de ses parents pour l'Antiquité (son père collectionnait les pièces de monnaie romaines et les céramiques persanes antiques), le fait de consulter avec son père des livres illustrés et les voyages en famille dans le sud de l'Europe complètent l'éducation qu'il reçoit dans une école de pédagogie curative. En 1991, Wild imprime ses premières histoires illustrées avec la photocopieuse de l'institution Humanushaus, où il vit toujours. Jusqu’à sa retraite, Il y a travaillé au sein de l'atelier de recyclage. En 2012, il intègre en tant qu’artiste l'atelier Rohling et, depuis l’été 2024, il y est à plein temps.

Les dessins de Clemens Wild vont des esquisses aux commentaires politiques, en passant par les bandes dessinées. Wild utilise le crayon, le collage, l'encre de Chine et la tempera. Il dessine sur du papier kraft, des feuilles A4 et des objets recyclés : portes d'armoire, abat-jour, boîtes. On peut également voir de ses dessins dans l'espace public sur des portes de garage et des façades. Wild documente son environnement en observateur méticuleux. Son œuvre se lit comme un hommage à la classe ouvrière et comme un commentaire sur les métiers des soins aux personnes et du nettoyage, la plupart du temps pratiqués par des femmes qu’il côtoie et dont il fait le portrait. Au fil des années, l'artiste a conservé et développé sa passion pour la bande dessinée. Avec une ironie pertinente, il raconte des histoires inspirées d'événements politiques. Dans sa bande dessinée « Kalifat im Emmental », parue en 2018, il commente les mesures d'économie dans le secteur social et une polémique autour de l’Etat Islamique. Il relate l’enlèvement d’un groupe de résidentes d’une institution pour jeunes filles par des intégristes et ce sur ordre du directeur corrompu du foyer. En 2018, Clemens Wild reçoit le prix Euward pour la peinture et les arts graphiques dans le contexte du handicap mental. En 2022, il est le premier artiste suisse ayant des besoins particuliers à être admis dans l'association professionnelle Visarte. Ses œuvres figurent dans la collection du canton de Berne et dans la Collection de l’Art Brut à Lausanne.

Sandrine Mbala est née en 2001 à Zurich, d'une mère originaire de Côte d'Ivoire et d'un père congolais, où elle vit avec sa famille. Elle est scolarisée dans une fondation à Dietikon où son institutrice remarque son penchant pour le dessin. Elle va jusqu’au bout de l’école primaire. C'est à la Fondation Tobias-Haus pour adultes que son talent de dessinatrice est repéré par l'artiste Marc Elsener. Il lui organise une première exposition. Depuis 2020, l'artiste réalise chez elle, par ses propres moyens, une grande quantité de dessins de format A4 sur de simples feuilles de papier. Mbala recourt au dessin comme à un moyen de communication. Elle documente son environnement direct et fait le portrait de sa famille et de ses proches. On repère les influences de la culture pop africaine dans les vêtements et les coiffures des personnages. Elle procède par lignes claires, sans repentirs, avec des accents de couleur pour souligner des détails, comme par exemple le motif Burberry d'un pull. Ses portraits tournent en caricatures et son œuvre en critique de la société, d’autant plus lorsque s’efface la frontière entre l'homme, l'animal et le monstre. En 2023, elle reçoit le Trogener Kunstpreis et en 2024, elle expose dans le cadre de l'Euward à la Haus der Kunst, à Munich. Mbala est représentée par l'Atelier Rohling.

David Jacot est né en 1974 à La Neuveville (Suisse). Son père est thérapeute alternatif et vient d'une famille de vignerons. Sa mère est couturière. David se souvient qu’à l’âge de quatre ans, il découpe une robe avec de grands ciseaux. Plus tard, la famille tient une pension pour étudiants en commerce dans sa propre maison. Comme David a sa chambre au même étage que les jeunes, il observe leur quotidien et imagine des scènes qui se déroulent derrière les portes. Après l'école primaire, il suit une formation en économie domestique. Sa mère décède l’année de ses trente ans. Peu après, David intègre une institution qui emploie des personnes handicapées. Il y vit encore actuellement et travaille toujours dans le domaine de l'économie domestique. David Jacot fréquente l'Atelier Rohling à Berne depuis 2012. Ses personnages prennent forme grâce à un trait ondoyant à la gouache ou à l’encre. Cette ligne dessine leur contact. Ces silhouettes se tiennent les unes aux autres et s’enlacent. Elles forment ainsi de nouvelles entités mythologiques. Les corps s’évanouissent pour se préciser à nouveau. Tout est fluide. Jacot s’est intéressé aux questions de genre bien avant le mouvement actuel. Il travaille souvent par séries et le flux de ses dessins se reconduit de page en page. Il en résulte des variantes d'un sujet, comme par exemple l'étreinte, dont il remplit des carnets de croquis, qui évoquent des flip-books et donnent mouvement et vie aux personnages. Le même principe de variantes se retrouve dans les dessins digitaux que Jacot réalise sur un iPad. Il lui arrive d’utiliser des selfies qu'il trouve sur des profils Instagram. En peignant par-dessus, il se les approprie. Leur transformation leur suggère un commentaire critique. On retrouve le caractère sensible et ludique de son art dans ses peintures. On y observe un mélange d'érotisme et d'exotisme. Le corps se fond dans l'environnement et s'intègre dans la composition. Dans sa série la plus récente de natures mortes, le corps sexualisé devient un récipient archaïque, un autel qui porte les merveilles de la vie.

La Fondation Guignard figure également parmi les sponsors du Festival du dessin Arles.